Pour nous - et pour tous ceux qui aiment les cigares - c'est plus qu'une nouvelle. C'est la fin d'un chapitre qui a été écrit pendant des décennies. C'est comme le moment où un parfum familier s'éteint et où l'on se rend compte que cette odeur, cette chaleur, ne reviendra plus jamais de la même manière.
Une vie de passion
Quiconque a rencontré Heinrich Villiger l'a ressenti : ce calme, cette fierté, cette passion.
Il n'était pas un manager au sens moderne du terme. Il était un hôte, un épicurien, un entrepreneur par conviction - quelqu'un qui ne parlait pas de chiffres, mais de qualité. Un homme qui ne se contentait pas de produire ses cigares, mais qui les vivait.
Il est entré dans l'entreprise familiale à l'âge de 20 ans, en 1950. A l'époque, le monde était encore différent - et le secteur du cigare aussi. Mais Heinrich Villiger voulait apprendre. Il est donc parti à la découverte du monde : à Cuba, à Porto Rico, au Brésil, en Turquie et aux États-Unis. Partout où le tabac a poussé, il a étudié les sols, les feuilles, le climat et les hommes. Il est revenu avec des connaissances qui allaient marquer sa vie et son entreprise.
En 1954, il est devenu associé et, à la mort de son père en 1966, il a pris la direction exclusive. En 1989, lorsque son frère Kaspar a été élu au Conseil fédéral, toute la responsabilité lui a été définitivement confiée. A partir de ce moment-là, Heinrich Villiger fut le patron - incontesté, clair et sans compromis.
75 ans au sommet
Depuis 75 ans, il était à la tête de Villiger, il a maintenu la cohésion de l'entreprise, l'a dirigée avec un regard ferme sur la tradition, mais aussi avec le courage d'emprunter sans cesse de nouvelles voies.
Sous sa direction, Villiger est passé d'une petite manufacture de cigares suisse à une entreprise mondiale qui livre aujourd'hui des cigares et des cigarillos dans plus de 80 pays. La marque Villiger est synonyme de qualité, d'artisanat et de confiance - et c'est avant tout à lui qu'on le doit.
Malgré toute sa grandeur, l'âme de l'entreprise restait pour lui l'artisanat : les feuilles, les mains des torcedores, l'odeur des balles de tabac en train de mûrir. En le regardant prendre une cape entre ses doigts et l'examiner à la lumière, on comprenait que les cigares étaient pour lui bien plus qu'une affaire. Ils étaient une culture, un héritage, une joie de vivre.
Le patron de la vieille école
Heinrich Villiger était un homme qui croyait encore à la qualité des poignées de main. Il savait ce que devait être le goût d'un bon cigare et, même à plus de 90 ans, il continuait à savourer deux à trois cigares par jour - car pour lui, le plaisir n'était jamais un renoncement, mais une attitude.
Il pouvait être exigeant, oui. Mais il était toujours juste. Et surtout, il était loyal : envers sa famille, ses collaborateurs, ses amis.
Une famille continue à porter
Sa perte crée un vide - pas seulement chez Villiger, mais dans toute la branche. Mais il a pris ses dispositions. Sa fille Corina Villiger, son petit-fils Lucien Villiger et la génération suivante poursuivent son œuvre.
A ses côtés se trouvait dernièrement Jvo Grundler, son confident au sein du conseil d'administration depuis des années, qui assume désormais la fonction de président du conseil d'administration - comme Heinrich Villiger l'avait lui-même prévu. L'avenir de l'entreprise familiale reste ainsi entre les mains de personnes qui partagent ses valeurs.
Un héritage qui reste
C'est peut-être la plus belle chose que l'on puisse dire d'une personne :
Aujourd'hui encore, quiconque tient une Villiger dans sa main ressent une partie de lui. Ses valeurs se retrouvent dans chaque produit qui porte son nom.
Heinrich Villiger a enseigné à des générations que le plaisir prend du temps, que la qualité ne peut naître que de la patience - et que l'attitude ne s'achète pas.
Nous nous inclinons devant une vie de dévouement, devant un patron qui n'a jamais cessé de croire en la qualité et la tradition - et qui a montré au monde que le plaisir est un élément de culture.
Repose en paix, Heinrich Villiger.
Le monde du cigare sera un peu plus silencieux sans toi.

